PAOLO 

ROVERSI

Galerie Municipale du Château d’Eau, Toulouse, 1994

Ses débuts de photographes de mode coïncident avec son installation à Paris, il y a maintenant une vingtaine d’années. Peu à peu, Paolo Roversi va trouver son style, un style presque immédiatement reconnaissable, et d’ailleurs souvent copié : il a influencé beaucoup de photographes de mode actuels. Un style fait de couleurs et de lumières personnelles qui tiennent en partie à son utilisation du procédé Polaroid en grand format : il commence à travailler avec ce matériel en 1980. Ses images sont douces, sensibles, très peu chargées. Martin Harrison, auteur de l’excellent livre « Appearances », publié à l’occasion de l’exposition sur le thème de la mode au « Victoria and Albert Museum » de Londres en 1991, et dans laquelle figurent des images de Paolo Roversi, dit de lui qu’il incarne aujourd’hui « l’expression la plus extrême de la grâce et de la beauté fragile ». Le flou auquel il a souvent recours exprime une certaine retenue par rapport à ses sujets, voir une forme de pudeur, et par là-même le refus de se ranger dans la tendance réaliste de la photo de mode. Et il a en ce sens quelque chose du peintre : s’il fallait le rattacher à une tradition, on pourrait dire qu’il incarne la délicatesse d’une lumière très picturale, italienne, et que dans les années quatre-vingt au cours desquelles il va progressivement affirmer son identité, ses photographies sont en opposition avec par exemple celles, souvent agressives, de la jeune génération des Anglais. Peu à peu, Paolo Roversi s’aventure aux limites du genre de la photo de mode. Il pratique de plus en plus le noir et blanc, accordant toujours une grande attention au support de l’image : qualité du tirage et choix du papier. Il exprime son goût pour le portrait, le nu et la nature morte, pour des sujets très éloignés du vêtement. Mais ses images restent toujours sensibles, délicates : elles ont l’élégance et la courtoisie de celui qui les réalise.

 

 

Gabriel BAURET